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ET SI TON SYSTÈME NERVEUX AVAIT BESOIN DE SPIRITUALITÉ ?

  • 26 juil.
  • 11 min de lecture

Note au lecteur : Cet article est un témoignage personnel et une réflexion philosophique issus de mon parcours de santé et de mon expérience d'accompagnement. Dans les approches holistiques, la santé est souvent envisagée comme le fruit d'une interaction entre le corps, le psychisme et, pour certains, la dimension spirituelle. Les réflexions partagées ici s'inscrivent dans ce cadre. Elles ne remplacent en aucun cas la médecine ou les traitements, mais proposent une perspective complémentaire susceptible d'enrichir la réflexion de certaines personnes.


Introduction


Pendant longtemps, j'ai abordé la santé comme beaucoup de thérapeutes et de patients : à travers le corps, la biologie, les infections, l'inflammation, les hormones, le microbiote, les carences ou encore le système nerveux. Lorsqu'un symptôme apparaît, nous cherchons naturellement une explication physique. Et cette démarche est essentielle.


Mais après avoir traversé moi-même la maladie chronique et accompagné pendant des années des personnes souffrant de Lyme, de Covid long, de dysautonomie, de troubles digestifs ou de fatigue chronique, une question s'est progressivement imposée à moi :


Et si certains symptômes persistants reflétaient aussi un système nerveux durablement bloqué dans un état d'insécurité ? Et si cette insécurité était parfois liée à une perte de cohérence entre notre corps, notre fonctionnement psychologique et, pour ceux qui s'y reconnaissent, notre dimension spirituelle ? Et si ce désalignement contribuait, chez certaines personnes, à favoriser ou maintenir un terrain propice aux dysfonctionnements neurovégétatifs et à la persistance de certains troubles chroniques ?


La spiritualité au cœur de ma maladie de Lyme


Durant ma maladie de Lyme, j'avais développé une profonde vie spirituelle. Lorsque le corps s'effondre, les grandes questions émergent souvent naturellement : le sens de la souffrance, la peur de la mort, notre place dans l'univers, ce qui nous relie aux autres et ce qui nous dépasse.


Je me sentais alors profondément relié à Dieu, à la Source, à l'Univers. Je Lui parlais souvent. J'avais le sentiment d'être guidé, protégé et accompagné à chaque étape de mon parcours. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, alors même que mon corps souffrait, je n'avais jamais ressenti une telle paix intérieure.


La peur de la mort, du néant et du vide après la mort, qui m'avait longtemps accompagné, s'était dissipée. Pour la première fois de ma vie, j'avais le sentiment profond que mon existence avait un sens, même au cœur de l'épreuve, et que mon corps n'était qu'un véhicule temporaire, plutôt que la totalité de ce que je suis.


🌍 Le retour au monde matériel… et l’éloignement du sacré

Puis, une fois en rémission de Lyme, je me suis progressivement tourné vers le monde matériel : le travail, la carrière professionnel, les projets, le sport, l'apparence physique, la réussite, les relations, les voyages et les aspects plus concrets de l'existence.


Je ne regrette rien de tout cela. Mais avec le recul, je réalise que je me suis peu à peu éloigné d'une dimension qui avait pourtant été centrale dans ma guérison. J'avais cessé de nourrir cette relation intime avec le sacré, avec Dieu, avec le mystère, avec cette dimension invisible qui m'avait autrefois apporté tant de sérénité.


Pendant ce temps, mes troubles ORL et mon reflux chronique continuaient de s'aggraver. J'ai exploré presque toutes les pistes imaginables : les infections fongiques, les biofilms, l'inflammation, le microbiote, les allergies, les approches digestives, ORL, mécaniques, neurologiques… J'ai consulté parmi les meilleurs spécialistes au monde, lu des centaines d'études scientifiques et testé d'innombrables approches thérapeutiques. J'ai cherché, expérimenté, remis en question mes certitudes, encore et encore.


Au fil de ce parcours, une compréhension essentielle s'est imposée : mes troubles ORL étaient d'origine neuro-fonctionnelle et impliquaient une dérégulation du système nerveux autonome. Une nouvelle voie thérapeutique s'est alors ouverte : celle de la régulation du système nerveux. Là encore, j'ai énormément expérimenté. Respiration, méditation, stimulation vagale, travail corporel, thérapies émotionnelles… Certaines approches m'ont apporté un réel soulagement. Mais aucune n'a permis une amélioration profonde et durable. Progressivement, une autre réflexion s'est imposée: pour se réguler durablement, le système nerveux a besoin de se sentir en sécurité.


Mais une question demeurait :


Quelle est la forme de sécurité la plus profonde qui puisse exister ? Une sécurité matérielle ? Relationnelle ? Physique ? Émotionnelle ? Ou existe-t-il une sécurité encore plus fondamentale, plus inconditionnelle ?

C'est alors qu'une nouvelle réflexion a commencé à émerger.


Et si notre sentiment de sécurité dépendait aussi de notre rapport à la transcendance ou, en d'autres termes, à la spiritualité ? Cette idée allait progressivement transformer ma façon de comprendre la santé… et, plus largement, ma façon de vivre.



Corps, mental, âme : une question d’alignement

Aujourd'hui, j'ai l'intuition que le système nerveux pourrait constituer un point de rencontre entre les dimensions biologiques, psychologiques et spirituelles de notre existence, telle une interface entre le corps, le mental et l'âme.


Le corps a besoin de soins, de repos, de mouvement et de nourriture. Le mental a besoin de sécurité, de compréhension, de cohérence et de sens. Et si l'âme avait, elle aussi, besoin d'être écoutée, nourrie et honorée ? Et si certaines de nos souffrances apparaissaient aussi lorsque notre dimension spirituelle est négligée, privée d'espace, de connexion ou de transcendance ?

Je suis conscient qu'il s'agit d'une vision philosophique et spirituelle, et non d'un concept démontré scientifiquement. Mais cette manière de voir les choses donne aujourd'hui du sens à mon parcours et à certaines observations de terrain.


Je conçois l'âme comme cette part la plus profonde de nous-mêmes, celle qui aspire naturellement à l'amour, à la vérité, à la beauté, à la paix, à la cohérence et à la connexion avec quelque chose de plus grand qu'elle. Cette conception, que l'on retrouve sous différentes formes dans de nombreuses traditions spirituelles et philosophiques (notamment le platonisme, certaines traditions hindoues, le soufisme, le christianisme mystique ou encore certains courants ésotériques contemporains, dont le New Age), considère l'âme comme une réalité qui dépasse le simple fonctionnement biologique.


Je la perçois comme une forme de conscience, d'énergie spirituelle. Selon cette vision, l'âme préexiste au corps matériel, lui survit et participe, elle aussi, à orienter notre existence. Elle conduit également à considérer que l'âme ne fait pas que traverser l'existence : elle s'incarne dans un corps, avec une histoire, un héritage, des blessures, des aspirations, des leçons et un chemin qui lui sont propres.


Si cette conception est juste, alors la santé ne dépend peut-être pas uniquement du bon fonctionnement des organes, des hormones ou du système immunitaire. Elle pourrait également dépendre d'une certaine forme d'alignement entre le corps, le mental et l'âme. Lorsque ces trois dimensions avancent dans la même direction, il existe davantage de paix intérieure, de cohérence et d'apaisement. Mais lorsqu'une dissonance profonde s'installe — lorsque nous vivons à l'opposé de nos valeurs, lorsque nous rejetons une partie de notre identité ou de notre héritage, lorsque nous nous coupons de ce qui donne du sens à notre existence ou lorsque nous trahissons ce que nous ressentons profondément — cette tension pourrait se répercuter à travers le système nerveux.

Je ne peux pas le démontrer scientifiquement. Mais je ne peux pas non plus ignorer ce que j'observe. Depuis que je me reconnecte davantage à ma spiritualité, je constate des changements que je n'avais pas observés malgré des années de recherches essentiellement biologiques : davantage de paix intérieure, moins d'hypervigilance, moins de guerre contre moi-même, moins de colère... et surtout une nette amélioration de mon reflux, aujourd'hui quasi absent (langue déchargée, diminution nette des mucosités et de la congestion nasale)..



Je ne prétends pas que la spiritualité remplace la médecine, ni que toutes les maladies soient d'origine émotionnelle ou spirituelle. Les mécanismes biologiques existent et restent essentiels, notammentdans le cadre d'infections chroniques ou d'intoxications.


Mais je me demande aujourd'hui si :

  • certaines souffrances chroniques ne sont pas aussi, parfois, une invitation à retrouver davantage d'alignement, de sens, de sécurité intérieure et de connexion avec une dimension plus profonde de nous-mêmes?

  • Si certains troubles chroniques, ou certains symptômes qui persistent malgré des années de traitements de qualité, ne pourraient pas également être l'expression d'une perte d'alignement?


Non pas comme une punition, mais comme une invitation à rétablir une forme d'harmonie entre notre corps, notre fonctionnement psychologique et notre dimension spirituelle.


Plus j'avançais dans cette réflexion, plus je réalisais que spiritualité et neurosciences n'étaient peut-être pas aussi éloignées que je l'avais longtemps cru. Ce cheminement m'a conduit à explorer davantage les liens entre système nerveux autonome, théorie polyvagale, système limbique, sécurité intérieure et santé chronique.

Quand le système nerveux ne se sent plus en sécurité

Nous parlons beaucoup du microbiote, des hormones, de l'inflammation, des mitochondries, des carences. Et nous avons raison. Mais nous oublions parfois le chef d'orchestre qui influence chacun de ces systèmes : le système nerveux autonome.


Notre organisme ne fonctionne pas de la même manière lorsqu'il se sent en sécurité que lorsqu'il se sent en danger. Lorsqu'un cerveau perçoit une menace, réelle ou imaginaire, il mobilise immédiatement les ressources de survie. À court terme, ce mécanisme est extraordinaire. À long terme, il peut devenir épuisant.


La théorie polyvagale, les travaux sur le système limbique et les neurosciences modernes suggèrent tous, chacun à leur manière, une idée similaire :

Avant même de réfléchir consciemment, notre système nerveux évalue en permanence notre environnement.

Une question semble guider cette analyse : « Suis-je en sécurité ou suis-je en danger ? »


Lorsque la réponse est « sécurité », le corps peut consacrer davantage d'énergie à la digestion, à la réparation, à l'apprentissage, aux relations humaines et à la récupération.


Lorsque la réponse est « danger », il passe en mode survie. Le problème est que certaines personnes finissent par vivre des années dans cet état d'alerte. Parfois après un traumatisme (aigu ou de développement). Parfois après une maladie chronique. Parfois après une accumulation de stress, de solitude, de peur ou d'épreuves. Le danger a disparu. Mais le système nerveux ne l'a pas encore compris.


Un cercle vicieux peut alors s'installer : peur → activation nerveuse → symptômes → peur → activation nerveuse.


La spiritualité : une dimension souvent oubliée de la santé

Lorsque j'utilise le mot spiritualité, je ne parle pas d'une religion dogmatique ou rigoriste. Je ne parle pas d'une religion vécue dans la peur, la culpabilité ou les obligations. Ni dans le communautarisme.


Lorsque je parle de spiritualité, je fais référence à une expérience intérieure fondée sur le sens, l'amour, la gratitude, l'émerveillement, la beauté et le sentiment d'appartenance. Une spiritualité qui apaise le système nerveux plutôt qu'elle ne l'alimente en peur.

Pour certaines personnes, cela passe par la foi. Pour d'autres, par la nature, l'art, le silence ou le service aux autres. Mais dans tous les cas, cette dimension semble souvent avoir un effet profond sur le système nerveux. On peut faire l'hypothèse que cette dimension favorise un sentiment profond de sécurité intérieure, susceptible d'influencer positivement le fonctionnement du système nerveux. Comme si elle rappelait à notre cerveau une chose essentielle :


« Tu peux arrêter de te battre. Tu es en sécurité. »

Aujourd'hui, je suis convaincu que la santé est profondément multidimensionnelle.


Elle implique l'alimentation, le sommeil, le mouvement, les infections, les hormones, l'environnement. Mais aussi nos émotions, nos relations, notre système nerveux, nos croyances, notre capacité à nous sentir en sécurité. Et même notre rapport au sens de l'existence.


Je crois que le corps possède une intelligence profonde, des capacités d'autorégulation lorsque les conditions biologiques, psychologiques et environnementales lui sont favorables. Et je me demande désormais si l'une des missions les plus importantes d'un thérapeute, face à un cas résistant sur le plan biologique, n'est pas simplement d'aider une personne à retrouver progressivement un état intérieur dans lequel son organisme n'a plus besoin de vivre comme s'il était en danger.


Car lorsque le cerveau cesse enfin de percevoir le monde comme une menace permanente, lorsque le système limbique s'apaise et lorsque le système nerveux retrouve un sentiment profond de sécurité, il est possible que le corps puisse consacrer davantage d'énergie à ce qu'il sait faire depuis toujours :


  • réparer

  • réguler

  • guérir.



CONCLUSION : Guérir, ce n’est pas toujours combattre, c’est aussi réconcilier toutes les parties de son être


Si je devais résumer ce que ces dernières années m'ont appris, ce serait peut-être ceci : La guérison ne consiste pas toujours à combattre davantage.


Elle consiste parfois à se sentir suffisamment en sécurité pour ne plus avoir besoin de se battre. 


Et il est possible que cette sécurité ne provienne pas uniquement de notre environnement extérieur, mais aussi de notre capacité à nous sentir reliés à nous-mêmes, aux autres, à la vie, et enfin, je crois, à quelque chose de plus grand que nous.


Cela ne signifie évidemment pas que les personnes malades manquent de spiritualité, ni que la maladie constitue une épreuve "méritée". Beaucoup de personnes profondément spirituelles tombent malades, et beaucoup de personnes peu spirituelles sont en parfaite santé. J'évoque simplement la possibilité que, chez certaines personnes, cette dimension puisse représenter une ressource supplémentaire sur le chemin de la guérison et de la régulation du système nerveux.


Merci d’avoir lu cet article, probablement le plus intime que j'aie écrit à ce jour. 🤍


Quelques références


Spiritualité, santé et bien-être

  • Koenig, H. G. (2012). Religion, Spirituality, and Health: The Research and Clinical Implications. ISRN Psychiatry.

  • Koenig, H. G., King, D. E., & Carson, V. B. (2012). Handbook of Religion and Health (2nd ed.). Oxford University Press.

  • Puchalski, C. M., et al. (2014). Improving the Spiritual Dimension of Whole Person Care: Reaching National Interprofessional Consensus. Journal of Palliative Medicine.


Sens de la vie et santé

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