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PYRROLURIE (HPU/KPU) : COMPRENDRE CETTE PISTE MÉCONNUE DES TROUBLES CHRONIQUES

Introduction


Fatigue persistante, anxiété diffuse, troubles digestifs, hypersensibilités, carences qui reviennent malgré une alimentation correcte…Pour beaucoup de personnes, ces symptômes s’installent durablement alors que les examens médicaux restent « normaux ». Commence alors une errance diagnostique : bilans rassurants sur le papier, mais ressenti corporel qui ne s’améliore pas.


Dans ce contexte, certains découvrent la pyrrolurie, aussi appelée HPU ou KPU. Ce concept, issu de la médecine fonctionnelle et de la micronutrition, propose l’hypothèse d’un trouble du métabolisme de l’hème pouvant entraîner des pertes chroniques de micronutriments essentiels, notamment la vitamine B6 et le zinc.


Mais que recouvrent réellement ces termes ? S’agit-il d’un trouble métabolique méconnu, d’un simple marqueur de carences, ou d’un concept encore insuffisamment validé ? Cet article propose une lecture pédagogique et nuancée de la pyrrolurie : ses origines, les mécanismes proposés, les symptômes associés, les outils diagnostiques, les stratégies nutritionnelles, et les critiques scientifiques.



 


1.  HPU et KPU : qu’est-ce que la pyrrolurie ?


La pyrrolurie désigne une hypothèse issue de la médecine fonctionnelle et orthomoléculaire. Elle décrit un dysfonctionnement supposé de la synthèse de l’hème, conduisant à l’élimination excessive, dans les urines, d’un métabolite appelé hydroxyhémopyrrolin-2-one (HPL).


Dans la pratique, HPU et KPU sont souvent utilisés comme synonymes. Historiquement, le terme KPU reposait sur une mauvaise identification initiale du composé (« kryptopyrrole »). Le terme HPU correspond à sa désignation biochimique plus précise, après identification du HPL.

Certaines approches distinguent :

·       une HPU dite constitutionnelle,

·   une KPU dite acquise, favorisée par stress, infections ou toxiques,mais cette distinction reste théorique et non validée par la médecine académique.


Origines historiques : Dans les années 1950, le psychiatre Abram Hoffer observa chez certains patients psychiatriques un composé urinaire donnant une coloration violette (« mauve factor »). Dans les années 1970, Carl Pfeiffer suggéra que ce facteur se liait à la vitamine B6 et au zinc, favorisant leur perte. Plus tard, John Kamsteeg identifia le composé comme étant le HPL, donnant naissance au terme HPU.



2.  Symptômes associés


Les symptômes attribués à la pyrrolurie sont nombreux, variables et non spécifiques, ce qui rend le tableau clinique difficile à définir précisément. Parmi les manifestations les plus fréquemment rapportées figurent :


1. Troubles neuropsychiques :

  • irritabilité, anxiété marquée

  • sautes d’humeur, tendance dépressive

  • mauvaise tolérance au stress et à la pression quotidienne

  • difficultés de concentration et troubles de la mémoire à court terme


2. Manifestations physiques générales :

  • fatigue chronique avec sensation d’épuisement persistant

  • vulnérabilité accrue aux infections (rhumes fréquents, immunité affaiblie)

  • teint pâle, parfois cerné

  • douleurs articulaires diffuses

  • possibles perturbations hormonales (puberté retardée, cycles menstruels irréguliers)


3. Autres signes cliniques rapportés :

  • nausées matinales et appétit faible au réveil

  • hypersensibilité au bruit et à la lumière

  • signes cutanés tels que vergetures « inexpliquées », peau bronzant difficilement

  • apparition précoce de cheveux grisonnants

  • taches blanches sur les ongles

  • troubles digestifs (ballonnements, syndrome de l’intestin irritable, alternance constipation/diarrhée)


Certaines descriptions issues de la médecine fonctionnelle vont plus loin et rapportent des manifestations supplémentaires, notamment :

– troubles du sommeil avec cauchemars fréquents ou faible mémorisation des rêves ;

– hypersensibilité chimique (intolérance aux odeurs, médicaments, additifs) ;

– troubles attentionnels (TDAH) ou traits du spectre autistique chez l’enfant ;

– terrain allergique marqué, intolérance à l’histamine ;

– hypermobilité articulaire évoquant parfois un syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile ;

– hypoglycémie réactionnelle et instabilité glycémique ;

– troubles de la méthylation (homocystéine élevée, difficultés de détoxication).


Il est essentiel de rappeler que ces symptômes peuvent avoir de nombreuses causes. Les défenseurs du concept HPU/KPU estiment qu’ils seraient en partie liés aux carences nutritionnelles secondaires induites par l’excrétion des pyrroles, mais aucun de ces signes n’est spécifique de la pyrrolurie.

 

3.  Mécanismes biologiques proposés


Sur le plan théorique, l’hypothèse HPU/KPU repose sur un dysfonctionnement de la synthèse de l’hème, conduisant à la production excessive d’un métabolite atypique : l’hydroxyhémopyrroléone (HPL).


Ce composé aurait la capacité de se lier fortement à certains micronutriments essentiels, en particulier :

  • la vitamine B6 sous sa forme active (pyridoxal-5-phosphate, P5P)

  • le zinc


Le complexe ainsi formé serait ensuite éliminé dans les urines, entraînant une perte chronique de ces nutriments au lieu de leur recyclage par l’organisme. À long terme, ce mécanisme pourrait provoquer :

  • une carence marquée en vitamine B6 et en zinc,

  • ainsi que des déficits secondaires en d’autres cofacteurs (manganèse, magnésium, biotine, certains acides gras…).


Or, le zinc et la vitamine B6 jouent un rôle central dans de nombreuses fonctions physiologiques :

  • synthèse et régulation des neurotransmetteurs

  • équilibre de l’humeur

  • production d’énergie mitochondriale

  • fonction immunitaire

  • synthèse de l’hème et de l’hémoglobine

  • défense antioxydante


Selon cette hypothèse, leurs déficits pourraient expliquer une partie des troubles observés : anxiété, dépression, fatigue chronique, vulnérabilité immunitaire. Par exemple :

  • une insuffisance en P5P peut perturber la première étape de la synthèse de l’hème et contribuer à une anémie résistante à la supplémentation en fer ;

  • un déficit combiné en zinc et B6 est associé à une baisse du glutathion, antioxydant majeur impliqué dans la détoxication hépatique et la protection de la barrière intestinale.


Outre la vitamine B6 et le zinc, le manganèse est également cité comme nutriment susceptible d’être piégé par le complexe HPL. Le manganèse est un cofacteur essentiel de plusieurs enzymes antioxydantes, notamment la superoxyde dismutase mitochondriale (Mn-SOD), et joue un rôle dans le métabolisme énergétique, la synthèse du collagène et l’équilibre articulaire.


Une carence fonctionnelle en manganèse pourrait ainsi contribuer à des douleurs musculosquelettiques, une hyperlaxité ligamentaire ou une fatigue persistante. Toutefois, la supplémentation en manganèse fait l’objet de précautions particulières : dans le cas d’infections chroniques comme la maladie de Lyme, l’agent infectieux Borrelia utilise le manganèse à la place du fer pour sa multiplication. Apporter du manganèse sans écarter cette hypothèse infectieuse pourrait donc, en théorie, être contre-productif.

Plusieurs hypothèses complémentaires ont été proposées pour expliquer la pyrrolurie. Certains auteurs la décrivent comme une forme atténuée ou fonctionnelle de porphyrie, dans laquelle la chaîne de synthèse de l’hème fonctionnerait de manière inefficiente, sans mutation enzymatique franche. Des métabolites intermédiaires (coproporphyrines, isocoproporphyrines) pourraient alors être détournés vers la formation du complexe HPL.


D’autres travaux suggèrent un rôle central du stress oxydatif et nitrosatif. Des études ont mis en évidence, chez des sujets présentant un HPL élevé, un glutathion abaissé, une activité réduite de la catalase et un excès de monoxyde d’azote (NO), suggérant un cercle vicieux entre carences micronutritionnelles, dysfonction mitochondriale et stress oxydant.


Le microbiote intestinal est également suspecté de jouer un rôle. Des observations anciennes ont montré que certains antibiotiques pouvaient faire chuter temporairement l’excrétion urinaire de HPL, suggérant l’implication d’un micro-organisme intestinal dans la production ou la transformation des précurseurs pyrroliques. Ce modèle reliant dysbiose, hyperperméabilité intestinale et HPL reste toutefois spéculatif.


Il convient cependant de préciser que ces mécanismes restent hypothétiques et reposent sur des modèles proposés par la médecine fonctionnelle, sans validation formelle par la recherche biomédicale classique à ce jour.


4.    Tests diagnostiques


Le diagnostic de l’HPU/KPU repose sur des tests urinaires spécifiques, proposés par quelques laboratoires spécialisés. Ceux-ci mesurent la concentration de pyrroles, notamment le HPL, généralement à partir :

  • d’une urine du matin, ou

  • d’une collecte urinaire sur 24 heures.


Un taux élevé est interprété comme évocateur d’une pyrrolurie. Toutefois, ces tests présentent plusieurs limites importantes :

  • le Mauve factor est instable : il est sensible à la lumière, à la chaleur et à l’oxydation, ce qui impose des conditions strictes de prélèvement, de conservation et d’envoi ;

  • la méthode de détection classique (réaction d’Ehrlich) manque de spécificité, d’autres substances urinaires pouvant générer des faux positifs (médicaments, compléments, alcool…) ;

  • il est généralement recommandé d’arrêter toute supplémentation en zinc et en vitamine B6 plusieurs jours avant le test pour éviter d’en fausser les résultats.


À cela s’ajoutent l’absence de standardisation des protocoles, de valeurs de référence universelles, et le fait que la pyrrolurie n’étant pas un diagnostic reconnu, ces tests sont rarement prescrits en médecine conventionnelle. Ils sont surtout utilisés dans un cadre de médecine fonctionnelle ou naturopathique.


Sur le plan pratique, le dosage du HPL impose des conditions strictes : l’urine doit être protégée de la lumière, souvent acidifiée par de la vitamine C, puis rapidement réfrigérée ou congelée. Une mauvaise manipulation peut conduire à des faux négatifs.


Les seuils interprétatifs varient selon les laboratoires, un taux inférieur à 10 µg/dL étant généralement considéré comme normal, tandis que des valeurs supérieures à 20 µg/dL sont interprétées comme positives. Ces seuils ne reposent toutefois pas sur des études épidémiologiques robustes, ce qui limite leur valeur diagnostique.

5.     Stratégies de soutien nutritionnel


En cas de suspicion de HPU/KPU, l’approche proposée est avant tout nutritionnelle et fonctionnelle, avec plusieurs axes complémentaires :


1. Supplémentation ciblée :


L’objectif principal est de corriger les carences supposées :

  • zinc

  • vitamine B6, de préférence sous forme active P5P


Des doses parfois élevées sont utilisées, avec une surveillance attentive des effets indésirables (une surcharge chronique en B6 pouvant, à très forte dose, provoquer des neuropathies). D’autres cofacteurs sont fréquemment associés : manganèse, magnésium, vitamine D, et parfois des acides gras oméga-6 (acide gamma-linolénique).Les protocoles excluent en général le cuivre et le fer ; des complexes multivitaminiques sans ces éléments sont parfois recommandés.


La correction brutale de carences en zinc et en vitamine B6 peut entraîner, chez certains patients, une aggravation transitoire des symptômes, parfois interprétée comme une « réaction de détoxication ». La réactivation enzymatique hépatique peut en effet mobiliser des toxines stockées, ce qui justifie un accompagnement prudent du foie et des émonctoires.

Ces protocoles utilisant des doses pharmacologiques de micronutriments nécessitent un encadrement professionnel, afin d’éviter des déséquilibres secondaires (neuropathies liées à un excès de B6, carence en cuivre induite par le zinc, etc.).


2. Soutien hépatique et détoxication :

Un accompagnement du foie est souvent proposé, notamment en cas de suspicion de surcharge toxique ou de perturbation de la voie de l’hème. Des plantes et nutriments hépatoprotecteurs peuvent être utilisés : chardon-Marie, artichaut, desmodium, coriandre, chlorella, glutathion. L’objectif est de réduire la charge toxique globale, ce qui pourrait, en théorie, diminuer la production de pyrroles si celle-ci est favorisée par un stress oxydatif ou infectieux.


3. Équilibre intestinal :

Une dysbiose intestinale et une hyperperméabilité sont parfois associées à la pyrrolurie. Certains auteurs évoquent même un cercle vicieux avec les candidoses chroniques. Les mesures proposées incluent une alimentation anti-inflammatoire, l’utilisation de probiotiques et prébiotiques, ainsi que des compléments comme la L-glutamine pour soutenir la muqueuse intestinale et améliorer l’absorption des micronutriments.


Enfin, les praticiens insistent souvent sur l’importance du mode de vie : gestion du stress, dépistage d’infections chroniques (Lyme, candidose…), réduction de l’exposition aux toxiques environnementaux (métaux lourds, tabac, alcool).


L’approche se veut globale et individualisée.

6.  Controverses et position scientifique


La pyrrolurie (HPU/KPU) n’est pas reconnue par la médecine conventionnelle comme une entité pathologique validée. Dans la littérature scientifique, elle est considérée comme une hypothèse non démontrée, parfois même comme une pseudo-pathologie.


Un rapport d’experts allemands publié en 2007 soulignait déjà l’absence de preuves suffisantes pour en faire un diagnostic fiable, en raison du manque de données génétiques et physiopathologiques solides. Plus récemment, une revue systématique parue en 2021 n’a pas retrouvé de lien statistiquement robuste entre des taux élevés de pyrroles urinaires et des troubles comme l’anxiété ou la dépression. Aucune étude contrôlée n’a non plus démontré un bénéfice clinique clair d’une supplémentation intensive en zinc et vitamine B6 sur ces symptômes.


Pour ces raisons, le HPL est au mieux considéré comme un marqueur empirique non validé, et son usage diagnostique de routine n’est pas recommandé. En France comme dans de nombreux pays, l’HPU/KPU n’est ni enseignée dans les facultés de médecine ni intégrée aux recommandations officielles.

Par ailleurs, la plupart des symptômes qui lui sont attribués peuvent s’expliquer par des causes beaucoup plus fréquentes : carences isolées, troubles thyroïdiens, infections chroniques, facteurs psychosomatiques. Ils justifient donc en priorité un bilan médical classique.


D’autres critiques sont régulièrement formulées :

– la non-spécificité du tableau clinique,

– l’absence d’essais cliniques randomisés,

– des incertitudes sur l’identité chimique exacte du HPL,

– et des risques de conflits d’intérêts liés à la vente conjointe de tests et de compléments dédiés.


Pour certains experts, les améliorations rapportées par les patients s’expliqueraient surtout par la correction de carences micronutritionnelles très répandues dans la population générale, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer un trouble spécifique du métabolisme de l’hème.


Conclusion : une piste à explorer avec discernement


La pyrrolurie (HPU/KPU) est un concept de la médecine fonctionnelle qui propose une lecture nutritionnelle de certains troubles chroniques, à partir de l’hypothèse d’un défaut du métabolisme de l’hème entraînant des pertes en zinc, vitamine B6 et autres micronutriments. À ce stade, la pyrrolurie reste une hypothèse non démontrée, qui mérite encore des recherches rigoureuses.

En naturopathie, cette piste peut aider à individualiser l’accompagnement et à repérer des carences chez des personnes en errance diagnostique. Certaines rapportent une amélioration avec une supplémentation adaptée.

Mais la prudence s’impose : faute de validation scientifique solide, l’HPU/KPU ne doit pas devenir un diagnostic automatique. Toute plainte persistante doit être évaluée médicalement, et les compléments, surtout à fortes doses, doivent être utilisés avec précaution.


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